Titre : Enlèvement et Retrouvailles
Auteur : Moi !
Fandom&Disclamer : Défi n°20 de Dragonna ; les personnages de Fullmetal Alchemist sont à Hiromu Arakawa.
Rating : K+
Paring : ... ça s'appelle pas un spoil, ça ? XD
Note(s) : Bonne lecture !Chapitre 1 : Une vie bien compliquée
Le discours monotone du vieil homme en face d'eux, sur la scène de l'amphithéâtre, semblait avoir un effet plutôt soporifique sur les étudiants qui écoutaient, répartis sur les bancs de la salle ; certains, assidus, prenaient des notes et intervenaient dans le cours pour poser des questions ; d'autres, se contentaient d'écouter d'une oreille, chuchotant entre eux le reste du temps ; les derniers, enfin, ne se dissimulaient pas pour piquer un roupillon sur leurs cahiers, cette heure de la matinée étant encore propice au sommeil. Le professeur ne semblait pas y accorder une attention particulière, et faisait son cours normalement, répondant aux questions des élèves sérieux.
Un coup de coude le fit sursauter :
"Roy !"
"... gné ?"
"Redresses-toi, le prof te regarde... !"
Le dénommé Roy se rassit correctement sur le banc, bâillant et les yeux à moitié fermés, reprit un stylo en main et reporta son attention sur le cours. À côté de lui, Maes Hugues, son meilleur ami, le fixait d'un regard inquiet.
Ce fut pendant la pause entre les deux premières heures du cours de la matinée, qu'il demanda finalement :
"T'es une vraie loque, aujourd'hui... Mal dormi ?"
Roy Mustang, jeune étudiant de l'école des officiers de East City, s'étira sur son banc en marmonnant.
"Hmmm... désolé, j'ai travaillé tard, hier soir... et Ed s'est réveillé toutes les heures, cette nuit, je crois qu'il est malade..."
"Tu l'as dit à Madame Sharon ?"
"Oui oui... elle a dit qu'elle s'en occuperait..."
"Tu devrais te ménager un peu, mon vieux... On dirait que t'es plus bon à rien, depuis quelques semaines... !"
"C'est que j'ai trouvé un nouveau job... dans le café à côté du QG militaire... En plus de ma garde à la librairie, ça me fait deux fois plus à la fin du mois..."
"Tu crois vraiment que tu n'en fais pas un peu trop ?"
"Ça va... de toute façon, j'ai pas le choix... Si Ed est malade, faudra bien que je l'emmène chez un médecin..."
"Tu sais que tu peux me demander !"
"Maes, ramène pas ça sur le tapis, veux-tu ? Je t'ai déjà répondu à ce sujet... !"
Le prof annonça la fin de la pause, et ils se turent tandis que le cours reprenait.
Roy quitta le quartier militaire tôt ce jour-ci. Maes n'avait pas cette chance, car il devait participer à un stage pratique sur le tir à arme-à-feu. Pour sa part, Roy n'avait assisté qu'à des cours magistraux ; il rentrait donc de bonne heure chez lui, dans son petit appartement dans la même rue que le QG militaire ; l'établissement réservé à la formation des officiers était tout près du dit QG, du coup, il se trouvait que Roy habitait tout près de l'école, ce qui était fort pratique en certaines situations.
Il monta les escaliers de l'immeuble jusqu'au troisième étage ; introduisit la clé dans la serrure de la porte numéro 15 ; entra dans le petit vestibule, où il se débarrassa de son manteau bleu d'uniforme ; alla déposa ses affaires de classe sur la table de la pièce centrale de l'appartement ; il s'agissait du salon, qui servait aussi de salle à manger et de bureau : la table au milieu, quatre chaises autour, deux fenêtres situées près des murs, ceux-ci recouverts d'étagères sur lesquelles s'entassaient divers livres, rapports, vaisselles... Sur la droite, une porte donnait sur la petite cuisine, équipée d'un four, d'un réfrigérateur, d'une gazinière, de nombreux placards renfermant les rations de survie... pardon, les produits alimentaires, et une fenêtre ; dans la cuisine, une autre porte donnait sur un autre placard, aménagé de sorte d'y ranger vêtements lourds, paires de chaussures et accessoires encombrants.
À gauche du salon/salle à manger/bureau, une quatrième porte donnait sur la chambre du jeune homme ; celle-ci contenait : une dernière porte vers la salle de bain, un lit deux place pas si grand que cela, une commode et une armoire, ainsi qu'un fauteuil à bascule près de la dernière fenêtre. À noter également la présence du berceau, entre le mur et la tête de lit, et de plusieurs jouets pour enfants...
Roy prit rapidement une douche et se changea, puis fit le tour des placard de la cuisine en notant sur un papier les produits dont il manquait ; puis il alla au placard d'où il sortit un porte-bébé. Il quitta ensuite son appartement, prenant soin de refermer soigneusement à clé, et se dirigea au deuxième étage, vers le numéro 32, à la porte duquel il frappa trois coups secs.
"Une petite seconde !" retentit une voix féminine, mais âgée, depuis l'autre côté.
Le cliquetis dans la serrure résonna, puis la porte s'ouvrit sur une vieille femme, le visage souriant, ses cheveux gris parsemés de blanc tirés en chignon ; elle portait une longue robe sans forme, mais d'un motif élégant, et eut un grand sourire en le voyant :
"Roy ! Toujours à l'heure !"
"Comme tous les jeudis, madame Sharon... !"
"Entre vite, il est presque prêt !"
Elle s'écarta pour le laisser passer, et il la suivit à l'intérieur de l'appartement ; celui-ci était plus spacieux, et moins modeste que le sien. Madame Sharon était une retraitée qui approchait de ses soixante-dix ans ; elle était d'une nature généreuse et aimable, et aimait rendre service, au mieux de ses capacités. Quand ce jeune homme de dix-sept ans était venu s'installer près de chez elle, elle n'avait pas pu lui refuser sa demande presque suppliante...
"Edo chéri ? Regarde qui est là ! C'est papa !" chantonna-t-elle au petit qui s'agitait dans sa chaise haute.
L'enfant avait un an. Il avait une touffe de cheveux blonds comme le soleil, et deux billes d'or qui brillaient de joie en reconnaissant le visage familier de son père. Il agita les bras en les tendant vers le jeune homme, mais la vieille dame rit en disant :
"Non non, trésor, il faut terminer de t'habiller !" et elle lui enfila tant bien que mal le manteau du petit, qui gazouillait de plus en plus fort en répétant 'papa'. Roy sourit, et s'informa sur la santé de son fils.
"Il a bien un peu de fièvre, mais rien d'autre, je pense que ce sont les dents. Tu dois déjà avoir de quoi le soulager, n'est-ce pas ? Il ne pleure pas beaucoup, mais s'il a mal, tu sais quoi lui donner..."
"Tout à fait. Si ce n'est que ça, ça ira. Merci, Madame Sharon... !"
"Je t'ai déjà dit de m'appeler Molly ! Allez, rentre bien, et fais attention qu'il ne prenne pas froid, avec le temps qu'il fait en ce moment... !"
"Compris ! À demain."
"Au revoir, Edo chéri... !"
L'enfant sourit à la vieille dame, en même temps que son père le plaçait dans le porte-bébé, qu'il passa autour de son cou et ferma dans son dos ; bien emmitouflé dans son manteau et le rembourrage du tissu, il ne put plus bouger autrement qu'en levant la tête, qu'il préféra poser contre la veste de son père. Ses petits yeux se fermèrent doucement, faisant sourire les deux adultes (Roy n'est pas encore majeur, mais par rapport à lui, c'est un adulte...). Puis le jeune homme quitta l'appartement de Madame Sharon, et descendit dans la rue, vers les magasins.
Les courses furent rapides, notamment parce que cette fois-ci, Ed s'était endormi contre lui. D'habitude, il cherchait à toucher à tout, et Roy avait souvent du mal à finir en moins de deux heures. De plus, aucune femme dans les rayons du magasin, donc pas de perte de temps à discuter et à écouter leurs compliments et leurs conseils... Ceci dit, il appréciait toujours qu'elles prennent le temps de s'arrêter pour Ed. Depuis quelques mois qu'il vivait à East City, certaines le connaissaient bien, et connaissaient sa situation ; elles lui offraient leur aide sans arrêt, mais il refusait souvent. Il pensait qu'il était capable de se débrouiller.
Il rentra un peu plus d'une heure plus tard, les sacs de provisions pendant sur ses doigts meurtris ; mais il déposa le tout dans le vestibule, et laissa les sacs en plan pour s'occuper d'abord d'Edward, qui se réveillait.
"Coucou, bonhomme... !"
Il le sortit délicatement du porte-bébé, et se dirigea vers sa chambre, dont il ferma la porte, pour le déposer sur le lit et le déshabiller.
"Ouch... ! Tu as rempli ta couche, on dirait, pas vrai ?"
L'enfant lui répondit par un grand sourire, et se mit à battre des bras en chantonnant. Roy rit et le changea avec soin, avant de le poser à terre. Le petit se mit aussitôt à quatre pattes et parcourut la pièce ; Roy alla à la salle de bain, et prépara la douche pour lui faire prendre un bain (le sol de la douche était carré, dont les bords surélevés, ce qui permettait de faire couler un peu d'eau ; pour un bébé, la place était suffisante). Tandis qu'il remplissait la petite baignoire, il vit le petit blond arriver à quatre pattes, ses petites mains tapant sur le carrelage bleuté de la salle de bain ; il le laissa venir jusqu'à lui, et le souleva en riant.
"Que tu es doué, bonhomme ! Bientôt tu courras partout dans la maison... !"
L'enfant eut un éclat de rire et battit des mains, puis son père le déshabilla et l'installa dans la douche, et coupa le robinet. Il utilisa un savon doux pour faire mousser l'eau ; le petit tenait bien assis, il avait l'habitude. Il réclama dans un babillage joyeux ses jouets de bain en tendant les mains vers le jeune homme.
Roy aimait ces moments-là ; juste tous les deux, sans penser à rien d'autre. Quand il l'aurait fait manger et coucher, il devrait se remettre à étudier. De plus, le jeudi était la seule journée de la semaine, où il pouvait passer une longue soirée tranquille avec son fils. Le lendemain soir, il devait retrouver Maître Hawkeye, son professeur d'alchimie (celui-ci ignorait que Roy faisait des études militaires, et encore moins qu'il avait un fils). Mais le jeune homme était confiant ; il s'en sortirait. Une fois passé le diplôme d'alchimiste d'État, le gouvernement lui attribuerait une bourse pour continuer ses recherches, et cela plus son salaire de soldat serait amplement suffisant pour financer tous les besoins de son fils.
Le bébé riait en claquant des mains dans l'eau, envoyant des éclaboussures un peu partout. Roy attrapa les petites mains blanches et les garda dans les siennes, entonnant une chanson qui nommait les doigts ; Ed semblait toujours captivé quand il saisissait ses doigts l'un après l'autre, bercé par sa voix souriante.
Le bain se termina. Une fois sec et habillé, Roy garda son fils dans les bras, et retourna au salon ; assis et bien installé, il commença à étaler ses cours de la journée pour étudier. Mais avec Ed contre lui, c'était impossible, et il le savait : c'était tout simplement trop amusant, la façon qu'avait l'enfant de chercher à grimper sur la table pour attraper les papiers (en les déchirant à moitié... la bonne excuse pour ne pas réviser, n'est-ce pas ?)
L'heure du repas :
"Allez, Edo, assieds-toi. On va manger !"
"Amm !"
"Oui, miam... !"
Il lui attacha le petit bavoir, toujours impressionné quand l'enfant, assis dans sa chaise haute, baissait la tête pour exposer sa nuque et lui faciliter la tâche. Puis il déposa l'assiette devant lui et tendit une première cuillerée. Le bébé ouvrit grand la bouche avec une expression impatiente. Quand il entendait les récits des mères, il était toujours étonné qu'elles se plaignent que leurs petits jouent avec la nourriture (les mains dans l'assiette, puis dans les cheveux, puis sur le visage de maman, et pourquoi pas aussi le lancé de bouillie...) ; Edward était toujours très calme pendant les repas, attendant la becquée, ou qu'il l'autorise à jouer avec les couverts en plastique. Quand l'assiette fut vidée, il lui essuya le visage, puis le reprit dans ses bras un instant ; lorsque le bébé fut trop fatigué pour continuer à répondre aux sollicitations de son père, Roy alla le coucher, prenant soin de fermer les volets, tirer les rideaux, puis le border soigneusement. Il tira sur la ficelle de la cloche musicale, et le petit s'endormit ainsi, comme tous les soirs, au son de la berceuse.
Roy sortit silencieusement de la chambre, laissant la porte tout juste entrouverte.
Puis il se prépara son propre repas, et s'attabla tout en commençant à travailler.
Il n'avait sitôt fini son assiette que le téléphone mural dans le vestibule sonna. Il se précipita pour le décrocher rapidement, se maudissant de ne pas y avoir pensé en rentrant ; espérant qu'Edward ne s'était pas réveillé, il répondit.
"Allô ?"
"Roy ? Tout va bien ?"
"Hugues... mais qu'est-ce tu fous à m'appeler à une heure pareille ?!" s'énerva-t-il – silencieusement. "Tu ne sais pas que les bébés dorment à cette heure !"
"Euh... si mais... en fait, je..."
"As-tu une bonne raison de m'appeler... ?"
"Oui ! Je voulais savoir si tu allais bien... !"
"Bien ?... Oui... bien sûr que je vais bien..."
"Non parce que, t'avais vraiment l'air d'une loque, ce matin, et..."
"Hugues, t'es lourd."
"Oui, mais..."
"Hugues, t'es lourd."
"Oui, mais..."
"Maes !"
"Oui,... bon d'accord, mais quand même..."
"Je vais bien, merci. Et Ed dors, alors ne rappelle pas. On se voit demain."
"... ok."
"Bonsoir."
"Oui... bonne nuit..."
Il raccrocha en soupirant. Il ne put s'empêcher de sourire devant l'inquiétude de son ami ; les journées étaient longues, et il était souvent fatigué... mais rien que pour passer un moment avec Edward, il était bien prêt à se coucher tard...
Plus tard, dans la nuit.
Après avoir consolé son fils, qui faisait sa neuvième dent, il s'était assis à une fenêtre du salon, observant la ville éclairée.
Un verre d'alcool à la main.
Bien sûr, ce n'était pas raisonnable. Il devait se lever tôt demain. Il aurait mieux fait de se recoucher en même tant que son fils. Mais il réfléchissait trop... Un mauvais rêve, qui revenait trop souvent...
Il porta le verre à ses lèvres dans un soupir nostalgique.
La mère d'Edward...
Elle avait quinze ans quand ils s'étaient fiancés. Elle était une élève surdouée en médecine, et venait d'obtenir son diplôme. Le plus jeune médecin que l'on ait vu... Lui, au même âge, avait commencé depuis deux ans ses études à l'école des officiers. Ils s'aimaient, et ils avaient décidé de se marier quand il serait entré dans l'armée. Puis elle était tombée enceinte...
Merveilleuse nouvelle. Du moins, au début. Ils avaient vécu les neuf mois les plus beaux de leur vie. Mais le jour de l'accouchement, il y avait eu des complications.
Edward était né, et sa mère était morte.
Roy avait été inconsolable pendant de longues semaines. Il avait frôlé la dépression. Mais Maes Hugues, alors déjà son ami, et camarade de classe, l'avait soutenu, et puis... il y avait Edward.
Son fils.
Il l'avait sauvé, d'une certaine marnière.
Il avait gardé goût à la vie grâce à lui... (et à Maes aussi, mais il ne lui aurait jamais avoué une chose pareille...)
En s'occupant de lui, c'était comme une promesse à sa femme. Oui, sa femme, car même s'ils n'étaient pas officiellement unis, elle lui avait donné un fils. C'était un peu une part d'elle-même qui était restée avec ce petit être.
Il était la chose la plus précieuse qu'il possédait au monde.
Bien sûr, cela n'avait pas été facile. L'enterrement ayant eu lieu à Central, il y eut d'abord sa mère adoptive, pour le décourager, et lui proposer de garder l'enfant ; il avait refusé. Puis les services sociaux étaient venus lui demander de le confier à un tuteur, le jugeant trop jeune pour s'occuper d'un nourrisson. Il les avait envoyés promener. Aucune loi ne l'obligeait à donner son fils à quelqu'un d'autre. Et jamais elle ne lui aurait pardonné d'abandonner leur enfant...
Il se servit un autre verre. Le quatrième. Ce n'était vraiment pas sérieux... Le liquide ambré tournait à la lumière des éclairages publiques. Il l'avala d'une traite.
Il était revenu à East City continuer ses études. Accompagné d'Edward, cette fois. Il s'était trouvé un deuxième travail pour financer les besoins de l'enfant ; ses heures à la librairie ne suffisaient plus, et l'argent de sa mère adoptive servait entièrement pour le loyer de l'appartement (c'était d'ailleurs à cette seule condition qu'elle l'avait laissé partir dans l'est, prétextant qu'il pouvait très bien étudier à Central ; elle n'envoyait jamais plus que le montant nécessaire).
Mais il s'en était sorti jusqu'à présent. Le souvenir de sa fiancée le taraudait encore, le plongeant parfois dans une humeur dépressive, que Hugues remarquait heureusement très vite ; et puis, Edward se chargeait de lui rappeler qu'il avait quelqu'un d'autre dans sa vie, à présent. Quelqu'un de tout aussi cher et précieux qu'elle...
Depuis son retour, il cumulait donc un travail dans un café, dès qu'il avait une heure de libre, des heures de gardes dans la librairie située un peu plus loin dans sa rue, son travail d'étudiant avec toutes les contraintes que cela imposait, les leçons d'alchimie de Maître Hawkeye, à qui il cachait bien tout ce qui ne concernait pas ses études d'alchimie, et bien sûr, Edward...
Un pleur dans la chambre le sortit de ses pensées ; il posa son verre et alla voir son fils. Celui-ci n'était pas réveillé, il rêvait... peut-être sa dent le gênait-elle, mais pas assez pour le sortir du sommeil.
Il le regarda donc simplement, émerveillé par toute l'innocence que dégageait ce doux visage...
Oui, sa vie était vraiment très compliquée.
Il sourit.
Mais, s'il le pouvait... pour rien au monde il ne la changerait.